"Nous l'affirmons depuis longtemps : c'est la guerre". Voici comment un interlocuteur du groupe Anonymous définit l'état actuel des choses sur la toile. Depuis quelques semaines, ce collectif de "pirates" d'Internet est de plus en plus au-devant de la scène. Après avoir coordonné les manifestations contre la loi SOPA (Stop Online Piracy Act) et avoir répondu à la fermeture du site Megaupload avec une vague d'attaques sur des sites gouvernementaux, le collectif se dit plus que jamais en pied de guerre devant la possibilité d'une loi mondiale de régulation de contenus virtuels. Car ceux qui ont manifesté avec virulence contre la loi SOPA sont maintenant face à une menace beaucoup plus importante : la loi ACTA ("Anti-Counterfeiting Trade Agreement" : Accord commercial relatif à la contrefaçon). C'est pourquoi Anonymous vient d'annoncer une chronologie d'attaques, avec une nouvelle attaque tous les vendredis.
Ceci semble bizarre venant d'Anonymous, un collectif anarchiste sans beaucoup de discipline (d'ailleurs, nous avons déjà présenté ce groupe, ici : http://webdepart.com/2011/09/cyberactivisme-anonymous/). Car une des forces de ce groupe est le fait de ne pas avoir un "pouvoir" central, mais d'être plutôt un groupe amorphe de spécialistes en programmation éparpillés un peu partout dans le monde. Ainsi, il n'y a pas de QG d'Anonymous que le F.B.I. ou Interpol puissent viser ; de même, cette perméabilité permet que n'importe qui qui veut participer à la lutte pour la liberté sur la toile puisse le faire. Puisqu'Anonymous n'a pas de recrutement, ni des épreuves ou des CVs à étudier, le groupe est très flexible et très difficile à cerner.
Ainsi, le groupe a multiplié les attaques récentes. Après avoir neutralisé la page web d'une entreprise spécialisée dans la production de gaz lacrymogène, ils ont visé le bureau américain chargé de lutter contre les mauvaises pratiques dans le monde d'affaires (la commission fédérale d'échanges). Ils ont justifié toutes ces attaques comme une stratégie de réplique à la loi ACTA qui pourrait changer le concept de "privauté" sur la toile. Si jamais ACTA est approuvée, les fournisseurs d'accès auraient le pouvoir et le devoir d'ouvrir et surveiller tous nos courriers électroniques et sites de stockage virtuel, à la recherche de contenu protégé par le droit d'auteur. De cette manière, si vous vouliez partager une chanson avec un ami à l'occasion de son anniversaire, vous seriez signalé par votre fournisseur d'accès comme étant en violation de droits d'auteur, car le partage de chansons et films serait interdit une fois pour toutes.
C'est la raison pour laquelle Anonymous a décidé de déclarer "la guerre" aux institutions et gouvernements résolus à contrôler la toile et censurer nos échanges. Le groupe a promis une nouvelle attaque tous les vendredis, sous l'étiquette twitter #FFF. Ceci voudrait dire, "Fuck FBI Friday". L'objectif de ces attaques est de "nettoyer notre toile de ces corporations et gouvernements corrompus".
Vous pouvez suivre cette histoire en vous abonnant au flux d'informations de Twitter d'Anonymous. Ce qui est clair, c'est que les moyens démocratiques de discussion ont disparu depuis longtemps. D'un côté, les bureaux gouvernementaux ferment Megaupload une semaine après que la contestation populaire eut forcé le Sénat américain de ne pas approuver la loi SOPA. Le message semblait être, "nous agissons sans prendre en compte vos idées et avis". De l'autre côté du spectre, les gens d'Anonymous choisissent de manière unilatérale aussi quelles pages ils vont attaquer pour "nous défendre". En tout cas, il me semble que ce différend ne sera pas réglé à l'amiable…
Le collectif Anonymous monte en puissance
Par Vicente Ulive-Schnell le 21 févr. 2012 07:33:45 - First article
Vicente Ulive-Schnell
Écrivain des romans de fiction en espagnol. Scénariste. Réalisateur de courts-métrages. Journaliste gonzo. Bloggeur. Poète maudit.
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