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Grand frère regarde votre Facebook

Par Vicente Ulive-Schnell le 25 nov. 2011 15:52:51 - First article

Dans le roman 1984, l'auteur anglais George Orwell peignait une dystopie (ou rêve infernal) où le contrôle était à la base de l'organisation des sociétés. Initialement conçue comme critique des dictatures totalitaires –spécifiquement celles du bloc soviétique-, 1984 s'est érigée en classique de la littérature universelle. Le livre est très populaire, et le méchant, le "grand frère" tout-puissant, est devenu une référence que nous pouvons trouver dans la musique, le cinéma et les bandes dessinés, entre autres.

 

Le principe de la société décrite par 1984 est la surveillance de tous les citoyens et l'effacement de ce que le parti au gouvernement appelle les "crimes de pensée" comme le scepticisme envers les chiffres des récoltes agricoles avancées par le gouvernement. Quiconque serait pris en flagrant délit "disparaît" ipso illico. Il suffit que les postes de télévision qui surveillent la population ou que la population elle-même alerte les autorités, pour livrer quelqu'un aux forces de la police secrète.

 

Hélas, George Orwell ne pouvait pas prévoir que, au vingt-et-unième siècle, ça serait la population elle-même qui se surveillerait, ou qu'elle donnerait son accord de plein gré. Avec les réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter, les usagers sont, à chaque fois, plus sollicités pour le partage de leurs vies privées. Dans ce monde, il faut publier les chansons que vous écoutez, les articles que vous lisez et les sorties que vous faites, pour exister. Parfois, vous n'avez même pas besoin d'informer le réseau ou d'aller écrire votre vie sur le site : avec le nouveau système de reconnaissance de vissages, par exemple, Facebook peut vous étiqueter avant que vous sachiez même qu'un ami avait balancé une photo sur le site.

 

Mais cela ne serait pas problématique si chacun pouvait choisir librement ce qu'il veut partager avec le monde. Cependant, si j'écris ceci c'est pour vous prévenir, car, de plus en plus, les entreprises se servent de votre profil Facebook pour les recrutements d'embauche sans votre permission. Et pourquoi demanderaient-elles votre permission ? Vos contenus sont , tout le monde peut les voir. Votre recruteur ne fait que regarder ce que vous avez partagé avec tout le monde, en ouvert.

 

Avons-nous créé un monstre ? Il est fort probable. Parce que nous voyons la multiplication, presque exponentielle, d'entreprises qui proposent des analyses "sociaux" de candidats. Ainsi, tous les étudiants qui rêvent de créer le prochain Facebook et devenir ultrariches se sont vautrés sur l'écriture de codes qui puissent étudier tout votre profil.

 

Reppify, par exemple, basée à San Francisco, propose un système de points construit avec vos informations sur Facebook, Twitter, LinkedIn et même les blogues que vous fréquentez. Ensuite, il produit un bilan composé de "réputation", "influence", "empreinte" et "recommandations globales". Ceci est transmis au recruteur, qui l'intègre à ses paramètres d'embauche.

 

Il faut savoir donc que les paramètres de privauté des sites sociaux sont placés, par défaut, sur le partage absolu de vos données ; si vous ne voulez pas qu'un tiers puisse lire votre information, il faut aller sur chaque site et les changer, un par un. Néanmoins, ceci crée un autre problème : si vous êtes le seul candidat qui n'a pas de Facebook ou qui ne permet pas que l'on regarde son compte Twitter, cela peut vous donner l'air suspect (déjà, pensez l'impression qui pourrait avoir votre patron s'il ne vous trouve pas sur Facebook ou Google, par exemple).

 

Concluons en disant qu'il semble que les bons vieux jours des réseaux sociaux, où l'on allait dessus pour s'éclater avec ses copains, sont révolus. Maintenant, il faudra être sérieux sur Facebook et Twitter, éviter les commentaires sarcastiques ou les photos de soirées. Bienvenues donc à l'année 1984, version internet.

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