La technologie, et avec elle la vie de nous tous, est en train d’évoluer à une vitesse sans précédent. Jadis, nos ancêtres avaient le temps de s’habituer à la parution du train avant que les voitures ne fassent irruption dans leurs vies. En revanche, nous avons vécu un passage au monde de l’informatique (désolé de le rappeler aux plus jeunes, mais Internet en 1995 n’était qu’une chimère, un rêve de scientifique fou), de la connectivité sans interruption, même de l’utilisation de nos mains au lieu d’un clavier. Tout cela, en moins de vingt ans. Que peut-on espérer pour les vingt ans à venir ?
Bien évidemment, nous nous adaptons ; la société évolue avec les appareils que les citoyens utilisent. Mais parfois le perfectionnement technologique présente des défis majeurs aux gens. Par exemple, une excuse classique que nous utilisions il y a quelques années pour justifier d’une absence prolongée était le manque d’autonomie de nos téléphones portables. « Désolé, chérie. Mon Star Tac n’avait plus de pile », était une excuse plausible en 2000, plus tellement en 2011. Ainsi, ceux qui profitaient de l’état précaire des anciennes piles pour devenir injoignables aux yeux de leur mère ou de leur copine on dû trouver d’autres justifications avec la parution des piles qui durent des jours entiers. Cela a créé pas mal de problèmes dans certains couples, car en 2011, personne ne peut croire que vous avez passé 3 heures dans un tunnel, injoignable. Nous sommes contraints à être là, en permanence.
Maintenant, avec l’assistant virtuel de l’iPhone 4S, vous n’avez même pas besoin d’utiliser vos mains pour répondre au téléphone. Pratique ? Peut-être. Mais cela élimine aussi l’excuse, « désolé chérie, je conduisais et c’est illégal de décrocher au volant ».
Ce n’est pas étonnant donc de constater que l’une de sources primaires de discorde et plus tard de divorce aux États-Unis est le réseau social Facebook. Il suffit d’aller sur le profil de la personne en question pour surveiller ses interactions. Un commentaire trop amical ou une photo étiquetée sans approbation peuvent semer la discorde totale. Récemment, Facebook a intégré une colonne à droite de sa page qui vous permet même de suivre les gens sans que vous l’ayez demandé. Un petit coup d’œil à droite et hop !, nous savons que Jean-Michel est copain avec Gaëlle ; et voilà la photo d’eux pendant la fête de samedi… Vous êtes grillés !
Ce n’est pas que j’ai quelque chose à cacher, mais je crois que la privauté est un aspect essentiel des êtres humains. Je pense que s’ouvrir à tous –même aux amis virtuels que nous ne connaissons pas trop-, tout le temps, est contreproductif. C’est une excellente recette pour devenir névrotique. C’est insensé de se préoccuper chaque fois que quelqu’un dans la rue sort un téléphone et se dispose à faire une photo. Se cacher de l’affichage en permanence de nos vies n’est plus une option. Nous sommes tous sur internet. Nous avons tous des photos sur Facebook et des vidéos sur YouTube. Alors, comment s’y prendre pour ne pas avoir un arrêt cardiaque devant la violation de notre espace privé ?
La solution nous est donnée par une vidéo de YouTube (évidemment). Car cette personne a tout compris, c’est un génie de la toile. Puisque c’est impossible d’éviter l’exposition virtuelle, il faut dénouer cette exposition de tout son sens. La formule répétition – série, la clef qui a permis à Andy Warhol de devenir un mythe du pop art, est ici transformée pour étendre le domaine de la lutte. Répéter, ad nauseum, ad infinitum, apparaitre pour disparaitre ; éliminer tout le sens de notre figure.
La fille que vous allez voir à continuation domine cet art à la perfection. Prendre toujours la même pose : peu importe le contexte ; faisons fi de la situation. Ne jamais changer d’expression faciale. Répéter. Produire des photos à la chaine, jusqu’à ce que les pistes de votre humanité même ne soient plus là.
C’est la seule solution possible à l’exposition prolongée au soleil d’internet.
Intimité, vie privée et internet
Par Vicente Ulive-Schnell le 27 oct. 2011 20:13:20 - First article
Vicente Ulive-Schnell
Écrivain des romans de fiction en espagnol. Scénariste. Réalisateur de courts-métrages. Journaliste gonzo. Bloggeur. Poète maudit.
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