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Facebook, un ami qui vous veut du bien

Par Vicente Ulive-Schnell le 2 oct. 2011 12:15:30 - First article

Comme vous le savez peut-être déjà, Facebook vient de changer de peau. Le réseau social le plus populaire de la planète a ménagé sa page d'accueil pour y inclure une nouvelle fonctionnalité, en haut et à droite, qui permet de suivre en temps réel les actions de nos contacts. Lorsque j'ai entendu cette nouvelle, ma réaction fut celle d'habitude en ce qui concerne Facebook : "Quoi ? Ils ont changé les changements qu'ils avaient changés avant de changer le changement d'avant ? », car le site de Zuckerberg n'arrête pas "d'évoluer". Comme si nous, les utilisateurs, nous n'avions rien à faire de notre journée sauf aller sur Facebook, regarder les changements, apprendre à les utiliser et perdre notre temps en cliquant dessus.

Personnellement, je suis un dinosaure de Facebook. Je suis un utilisateur tellement ancien que je me souviens de "l'évolution" qu'avait proposée Zuckerberg selon laquelle tout le monde n'avait qu'à installer des applications sur les pages personnelles. Ainsi, si un ami avait trop installé –l'application pour offrir un verre à un ami, l'application des voyages qui suivait son parcours vacancier, l'application des poissons virtuels, celle des surnoms, la ferme, les cadeaux, les états d'humeur, etc.-, sa page était trop lourde et ne s'affichait pas.

S'en est suivi l'orage de "changements" orchestrés, toujours, de manière unilatérale et sans l'avis des utilisateurs. Lorsque le réseau social s'est vu au centre de la polémique sur la privauté à cause de ses clauses très questionnables (l'entreprise a le droit de garder vos données pendant 10 ans après la fermeture de votre compte et de s'en servir pour des fins publicitaires), Facebook proposa un vote : les utilisateurs devaient recueillir 2 tiers (2 tiers !) de signatures contre cette politique pour la voir disparaitre. Les utilisateurs, dispersés, sans coordination ni moyen commun d'action, n'ont pas réussi à abroger cette clause. Pareil qu'un petit dictateur du tiers-monde, Zuckerberg conclut que, puisque le vote n'était pas passé, tout le monde était très content de sa politique "de transparence et partage".

Ensuite, les utilisateurs de Facebook ont été pris comme des pièces de Lego entre les mains de l'enfant Zuckerberg. Nan, je n’aime pas ceci ; donc voilà, je le mets là. Nan, la colonne à gauche… Sais pas, je vais peut-être enlever ceci. Hmm… Naan, 'marche pas. Hop ! Je le remets… C'était quand la dernière fois que vous avez ouvert votre Facebook sans être alerté de la "bonne nouvelle" selon laquelle le site "changeait" pour –bien sûr-, être mieux pour les utilisateurs (c'est-à-dire, vous) ?

Le tout enveloppé d'un souci de "vitesse" qui frôle la paresse : ne vous inquiétez pas de signaler qui est sur vos photos, on a un logiciel qui le fera pour vous, même si votre ami n'est pas d'accord.

Le "nouveau et dernier" Facebook (avant le prochain et plus récent, bien entendu) étend cette notion jusqu'aux conséquences ultimes : les applications vous traquent sur Internet et envoient directement sur le site vos informations pour que vos contacts puissent le lire sur la colonne de droite, qui se rafraichit en temps réel. Jean-Louis vient de lire l'édito de tel journal. Philipe écoute Amy Winehouse. Christophe court depuis 20 minutes (96 kilocalories brulées). Et vous ??? Si vous n'êtes pas sur la colonne à droite, vous n'existez pas ! Vos amis vont vous oublier ! Vite ! Buvez un Frapuccino, regardez un film de super héros, jouez un jeu vidéo ! Qu'est-ce que vous attendez ???

Je suis peut-être vieille école. Mais j'avoue que le côté "Big Brother vous regarde" de chez le nouveau Facebook ne m'attire pas du tout. Ce n'est pas que je me sens surveillé ou que je crois qu'une agence d'intelligence internationale va suivre mes mouvements. Il faudrait qu'ils soient prêts à mourir d'ennui pour ça ("il lit la page 543 de Murakami… Et là, la 544". "Il fait des pâtes". "Il dort"). Rien à voir. Mon objection est beaucoup plus simple : cela ne m'intéresse pas. Je ne suis aucunement attiré pour le fait que vous ayez couru dans le parc ou pas ce matin, ou que vous ayez vu le dernier Harry Potter ou pas. De même, je ne ressens aucun plaisir à partager ma vie avec qui que ce soi de l'autre côté de l'ordinateur. J'ai ma femme et mes amis. Point. Basta. Tout cela pour dire que j'attends voir ce que ce nouveau Facebook va donner, mais que je réfléchis longuement à l'idée de quitter ce réseau social et me consacrer à partager des liens et des articles intéressants sur Twitter et Google+. Bien entendu, ce n'est que mon avis, très personnel, et très "vieillard", car j'ai 35 ans, quand même. C'est l'âge auquel on commence à ne plus comprendre ce qui se passe sur Internet. C'est l'Alzheimer virtuel, qui débarque... Tant pis.

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